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Réflexions personnelles sur la semaine sans écran

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Réflexions personnelles sur la semaine sans écran qui s'est déroulée du 20 au 26 avril 2009.

Pour ma part, je ne possède pas de téléphone portable, la télévision est à la cave, par contre mon ordinateur était allumé toute la journée et devenait une multi-plateforme en agissant comme une radio, une chaine-hifi, une télévision, un écran de cinéma, une boîte aux lettres, une fenêtre sur le monde.

Je consultais mes mails plusieurs fois par jour pour vérifier si quelqu'un m'avait écrit, aussi souvent que les accros au téléphone portable. C'était devenu une habitude, une drogue, je n'y prêtais plus attention, oubliant parfois comment je faisais avant la venue d'Internet, avant tous ces écrans qui envahissent nos vies.

Alors lorsque Casseur de Pub a proposé à chacun de se passer des écrans pendant une semaine, pour vérifier si une autre vie est possible, cela m'a donné envie d'y participer. Mais le défi était plus compliqué, plus ardu que les précédentes manifestations qui ont déjà eu lieu. J'avais déjà participé étant plus jeune à un week-end sans télévision, organisé par Télérama. A l'époque, il n'existait qu'un seul écran dans le salon, plutôt passif, c'était la télévision. L'ordinateur était présent mais n'était utilisé que pour des tâches de bureautique. Nous avions vite fait le tour. Il ne permettait pas de s'ouvrir sur le monde, l'Internet n'existait pas, à part peut être dans les cartons ou dans les projets des scientifiques. Le téléphone était fixe ou sans fil, relié à sa base mais ne quittait pas la maison. On n'imaginait pas un seul instant que le téléphone portable puisse un jour remplacer le fixe. Les jeunes utilisaient à l'époque, il y a une

quinzaine d'années, à la place des baladeurs numériques -genre Ipod -, des baladeurs à cassette ou à CD. Certains proposaient aussi la radio. A moins de se balader avec une valise entière de cassettes audio, au maximum, nous n'avions sur nous que 2 à 3 cassettes. Rien à voir avec les 400 chansons ou plus en mémoire sur les Ipods actuellement.

Plus compliqué comme défi, disais-je, car il n'y a pas qu'un seul écran actuellement mais une multitude de différentes tailles et pour différents usages (télévision, ordinateur, Internet, téléphone portable, baladeur numérique) et tous ces médias sont désormais interconnectés les uns aux autres. Nous pouvons consulter nos mails, naviguer sur Internet à l'aide d'un ordinateur connecté à Internet mais aussi actuellement à partir du téléphone portable. La télévision s'est dématérialisée, c'est-à-dire que le poste de télévision, l'objet lui-même peut être absent mais cela n'empêche pas les individus de regarder les chaînes de télévision à travers l'ordinateur en se connectant à l'Internet en installant un logiciel.

A l'époque, pour réécouter une émission de radio ou de télévision, il fallait soit l'enregistrer avec sa chaîne hifi ou pour la télévision, programmer le magnétoscope. Actuellement, nous pouvons nous en passer, car désormais les chaînes de radio et de télévision nous proposent l'écoute et le visionnage d' émissions quelques minutes après leur diffusion. Ecouter quand on veut, où l'on veut chez soi ou dans la rue - à l'aide de son baladeur numérique-, et autant de fois que l'on veut. Cette nouvelle technologie s'appelle le postcast ou baladodiffusion. Nous pouvons aussi enregistrer les émissions de télévision directement sur le disque dur de notre ordinateur.

Le monde a bien changé. La technologie s'est miniaturisée et est entrée dans de nombreux foyers. Il est devenu difficile de ne pas passer à côté, au risque de s'exclure de la société dans laquelle on vit.

Actuellement, l'ordinateur avec l'Internet, comme le téléphone portable sont des moyens d'être joints à tout moment, et en tout lieu. A la différence de la télévision qui est un média passif, c'est-à-dire que nous n'avons pas le moyen d'intervenir sur l'information diffusée, le téléphone portable et l'Internet permettent de joindre tout individu, depuis son quartier jusqu'au bout de la planète en un temps record, en supprimant l'espace et le temps, de permettre aussi de s'exprimer, de donner son opinion, de se faire entendre, mais avec un risque aussi, de ne pas chercher à approfondir les relations, de continuellement zapper d'une page web à l'autre, d'une information à une autre.

Pour les détenteurs de téléphone portable ou abonnés à Internet, il est devenu angoissant de ne pas recevoir de coup de fil ou plusieurs mails au moins une fois par jour. Est-ce que les autres pensent à moi? La majorité des contacts entre personnes se font par mails et ou par téléphone portable, car plus rapide mais avec un risque de superficialité, de ne pas approfondir les relations. Envoyer un mail à tout son carnet d'adresses en quelques clics même pour une cause que l'on estime juste, est devenu courant, mais je ne pense pas que cela fasse avancer les choses.

Alors si l'on ne consulte pas ses mails tous les jours, on risque se dit-on de passer à côté de l'information importante, de louper un rendez-vous. Alors on consulte à tout bout de champ. Les individus préfèrent posséder un téléphone portable plutôt qu'un téléphone fixe pour être joint à tout moment et en tout lieu. Faites le test, prenez dix personnes. Demandez à chacune d'elles de vous donner ses coordonnées. La majorité vous donnera son numéro de téléphone portable car seul moyen de les joindre rapidement.

Pour ma part, vu que je ne possède pas de portable, j'avais pris l'habitude d'être contacté par mail ou par mon téléphone fixe. La semaine sans écran sera t-elle plus simple pour moi? J'avais quelques craintes durant cette semaine sans écran, notamment de ne pas être informé à temps, de louper un rendez-vous, de m'ennuyer aussi, de ne pas trouver quelles activités faire à la place. Alors par peur de manquer d'Internet, la veille du Jour J, je me suis abreuvé, shooté d'Internet comme un toxicomane avec sa dose de crack, un alcoolique avec sa bouteille, genre « Allez, un dernier pour la route ! ». Juste avant de tout éteindre, j'ai vérifié que tout mon travail important était terminé. J'ai aussi pris soin de prévenir mes proches et les personnes de mon entourage de ce que j'allais entreprendre. J'ai bien vérifié que j'avais sous la main, leurs numéros de téléphone, si j'avais besoin de les joindre pour une future sortie cette semaine là. Je partais donc confiant.

Le premier jour, je me suis pris à vouloir allumer l'ordinateur, plus par habitude que par envie ou réelle nécessité. Mais j'ai résisté. Moi qui avais coutume d'écouter la radio en passant par l'Internet, il fallait à présent, trouver un autre moyen d'écouter ce média. J'ai allumé la chaine-hifi, et dû écouter les émissions en direct, sinon elles me seraient passées sous le nez. Alors qu'avant, avec la baladodiffusion, je pouvais me permettre de choisir le moment et ce que j'allais écouter. Sans L'Internet, je n'avais plus cette possibilité. Je replongeais d'un coup dans les années 90. Une fois l'émission de radio terminée, j'ai voulu écouter de la musique, en passant par ma chaine-hifi. J'ai sorti les vieux CD que je n'écoutais plus mais j'ai eu un certain mal à les écouter tous, car la poussière sur la chaîne hifi bloquait la lecture. Le lecteur CD a eu quelques ratés dues à sa vétusté, ce qui fait que très rapidement voyant tous ces problèmes survenir, je n'ai plus rien écouté du tout et le silence a envahi la pièce.

Je ne sais pas pourquoi, le silence m'est apparu comme reposant, je me suis senti dans une paix profonde, plus à l'écoute de ce qui m'entourait. J'ai alors ouvert un livre que j'ai pris le temps de finir toujours dans le silence. Puis j'ai entrepris de m'atteler à quelques tâches ménagères que je repoussais à chaque fois. J'avais le temps car curieusement, il s'était allongé. Cette semaine sans écran avait l'air de bien commencer, mais après l'heure du dîner, j'ai eu à nouveau envie de regarder un film. J'ai finalement allumé la radio et réécouté des émissions que je n'écoutais plus, lu un livre et me suis couché plus tôt qu'à l'ordinaire.

Les jours suivants, je n'ai plus eu le désir d'allumer l'ordinateur et de consulter l'Internet. Le manque est passé. Finalement, je me suis organisé et j'ai trouvé des astuces pour rechercher l'information dont j'avais besoin (bibliothèque, annuaires téléphoniques en papier, contacter les amis).

Il y a eu un changement en moi le troisième jour. La rencontre de l'autre m'était à nouveau nécessaire. Je parle là, de la vraie rencontre, de prendre le temps d'être avec les gens, de discuter, de m'intéresser aux autres, d'avoir de réels échanges et ceci ne s'était pas produit depuis bien longtemps, peut-être dû en partie aux différents moyens de communication entre moi et les autres, prothèses qui finalement handicapent, rendent difficile de vivre une vraie relation, d'échanger pleinement. J'ai senti un réel changement dans mon humeur et dans mon comportement vis à vis des autres. Je suis devenu plus ouvert, et plus joyeux, prêt à accueillir l'étranger, de m'intéresser à sa vie.. Cela me portait totalement. C'était bizarre, mais la dernière fois que j'avais vécu cette sensation, c'est lorsqu'à l'époque j'avais aussi éteint la télévision et arrêté l'ordinateur.

Cette pensée me vînt à l'esprit : Le marketing nous affirme que l'Internet et le téléphone portable permettent de nous relier au monde, aux autres, de joindre d'un simple coup de fil ou d'un seul clic ses amis à tout moment, mais voilà que je suis en train de me prouver le contraire. L'Internet et le téléphone portable ne permettent pas de créer de vraies relations, de discuter avec des personnes en chair et en os, il y a toujours ce paravent, ce filtre entre les interlocuteurs. Avant cette semaine sans écran, lorsque je communiquais en passant par l'Internet ou le téléphone portable (quand j'en possédais un), ma relation était superficielle mais je ne le savais pas. Le fait d'être joint à tout moment, presque dans l'instant, ne m'amenait pas à une réflexion sur moi-même. Je passais d'une idée, d'une envie à l'autre, un véritable zappeur qui n'approfondissait rien.

Cette semaine, j'ai pris le temps de téléphoner aux gens que j'aimais, alors qu'avant, je téléphonais très peu, Avant je préférais envoyer un mail, mais désormais, je pensais que les mails étaient devenus informels. Ces messages que l'on envoie en copie carbone à tout son carnet d'adresses, alors qu'au téléphone fixe – je précise, l'échange se fait entre 2 personnes. Il y a le son de la voix, les intonations, ce que l'on ne perçoit pas dans les mails.

Durant cette semaine sans écran, je suis sorti, mon état s'est amélioré. Je me suis senti plus en forme, plus réveillé que devant un ordinateur ou la télévision. J'ai aussi eu envie de participer, de m'impliquer dans différentes activités en commun. J'ai eu besoin de rencontrer du monde, de participer aux activités en groupe.

Pour conclure, je me suis aperçu que lorsque l'ordinateur était allumé, j'avais du mal à me concentrer, du mal à finir mon travail, du mal à aller au bout des choses, car j'étais en permanence absorbé par l'écran, par les nouvelles, les mails, les vidéos sur Internet. Je zappais mais n'approfondissais pas la réflexion donc je ne retenais rien. Je ne prenais pas le temps de finir ma tâche ou alors à contrecoeur et avec difficulté. Il y avait toujours aussi beaucoup de musique, de bruit en somme qui dans un sens ne m'aidait pas non plus à me concentrer.

Durant cette semaine sans écran, j'ai eu la véritable sensation que le temps s'était allongé, non pas dans le sens d'ennui, mais dans le sens où j'avais plus de temps pour moi, alors que soit disant les ordinateurs, l'Internet, le téléphone portable sont faits pour nous en faire gagner. On nous le répète tous les jours et l'on a finit par le croire. Avec cette expérience personnelle, encore une preuve que non.

Durant cette semaine sans écran, il m'est arrivé de m'ennuyer mais au lieu de dissimuler mon ennui en allumant l'ordinateur, j'ai accepté cet ennui et attendu qu'il passe.

Je me suis aperçu durant cette semaine, qu'avant j'utilisais l'ordinateur comme une prothèse entre moi et mon interlocuteur. J'ai vu aussi que finalement que durant cette semaine sans écran, je n'ai pas mis ma vie en « danger », que je ne me suis pas mis à l'écart de la société en me passant d'ordinateur et d'Internet, en ne consultant pas mes mails. Au contraire, je le dis à nouveau, cela m'a permis de renouer les liens, de vivre des instants plus intenses, des relations plus fortes avec mes amis. Je ne m'attendais pas à cela. Je pensais que j'allais me retrouver tout seul comme un ermite enfermé dans sa grotte coupé des autres et de la vie. Est ce le fait de ne pas être joint à tout instant qui fait que la relation à l'autre est meilleure, plus profonde, véritable, sincère?

J'ai décidé lorsque sera passée cette semaine sans écran, de rester moins de temps devant les écrans. Consulter 2 fois mes mails par semaine me suffirait. En tout cas, aujourd'hui lundi 27 avril 2009, j'ai réouvert à nouveau ma boîte mail sans grande envie, j'ai comptabilisé le nombre de messages que j'ai reçus. Sur le total, 2 ou 3 étaient vraiment importants. Cela permet de relativiser l'importance des mails.

Post scriptum : Si l'ordinateur n'avait pas été éteint, je n'aurais jamais pris le temps d'écrire ces quelques réflexions personnelles. J'aurais zappé cette difficulté - En tout cas plus difficile que consulter Internet ou ses mails -. Cela demande une certaine concentration et une réflexion pour coucher sur le papier ce que l'on ressent. J'invite aussi le plus grand nombre de personnes à titre individuel ou collectif, à essayer comme moi, peut importe à quelle période dans l'année, de se passer des écrans pendant une semaine, et noter quels changements ont lieu dans leur vie au terme de cette expérience.

Je suis heureux de l'avoir faite et encore plus surpris du résultat obtenu. Finalement, nous pouvons très facilement vivre sans écran au moins une semaine, même s'il est vrai aussi que certains sont obligés par leur travail d'être devant les écrans une grande partie de la journée et je conçois qu'il est difficile à ces personnes là, de se passer totalement des écrans.

J'ai écrit ces réflexions personnelles au crayon et sur papier, le dernier jour de la semaine sans écran, puisque bien entendu l'ordinateur était éteint. Aujourd'hui lundi 27 avril 2009, j'ai rallumé l'ordinateur pour mettre en page ce texte.

On vit très bien sans écran, et cette vie là est plus enrichissante.

Ce ne sont pas des écrans dont j'ai besoin, mais des autres.

 

Jérôme QUINTON

Mise à jour le Lundi, 27 Juillet 2009 10:42